Les conseils d’une maman Yoda au moment des devoirs

Tandis que je suis en train de travailler sur la table de la salle à manger, mon fils fait ses devoirs à côté de moi. Il jongle entre son ordinateur et son cahier de textes, visiblement débordé. Très vite, il s’énerve, et quand il perd ses moyens face à la somme de travail que ses professeurs lui demandent, les larmes lui montent aux yeux. Je l’observe, sans mot dire, et je me demande : quelle vision a-t-il des devoirs scolaires ? Et plus généralement, du travail ? En tant que professeur, j’ai toujours défendu ma lanterne. Je ne demandais pas de travailler mais d’apprendre. Pour moi, les devoirs étaient un moyen de faire progresser mes élèves, de consolider les apprentissages. Jolie formule, n’est-ce pas ? En tant que maman, à raison de 4 exercices de maths après chaque cours, deux évaluations par semaine à préparer, des cours à relire et des définitions à mémoriser, je dois le reconnaître : mon fils n’apprend rien, il travaille. Enfin… il essaie, noyé dans ses angoisses, perdu dans son bureau numérique, écrasé par le stress. Je décide alors de saisir l’opportunité de cette situation de crise pour lui parler des devoirs, et de l’attitude à adopter. Comme il est fan de Star Wars, je me voûte et prend la voix de Maman Yoda.

Oublier le mot « devoir » tu dois

Paradoxal, n’est-ce pas ? Et pourtant, c’est bien là le seul recours. Le mot devoir te semble lourd, c’est une obligation, tu te sens contraint. C’est normal : on te dit que tu DOIS, on te dit ce qu’il FAUT faire. Et toi, tu préfères faire ce que tu VEUX.

Mais si tu es honnête avec toi-même, tu sais, au fond de toi, que tu as BESOIN de faire tout ce travail :

  • pour apprendre, sans doute ;
  • pour ne pas avoir de punition, c’est certain ;
  • pour progresser et te sentir fier de toi, et c’est la meilleure raison !

Et puis, projette-toi au moment de l’évaluation : imagine que tu n’as pas fait ce qu’il fallait pour réussir. Imagine ton angoisse. Tu n’aimes pas vivre cela ! Et tu as bien raison ! Alors, évite ce mauvais moment, et prépare maintenant ce qui va se passer de bien plus tard. Cela ne veut pas dire que tu réussiras tout, oh non. Mais tu auras au moins la satisfaction d’avoir fait de ton mieux, et fait tout ce que tu pouvais faire. Et ça, pour le moral, c’est important.

Si tu ne penses pas à DEVOIR travailler, mais à AVOIR BESOIN de travailler, tu auras le sentiment de faire les choses pour toi. Tu ne répondras pas aux exigences de tes professeurs mais tu t’occuperas de ta réussite. Et tu VEUX y arriver… N’est-ce pas ?

Aimer le travail scolaire tu pourras, si…

Le sens tu trouves

Les choses à faire s’éparpillent sur les pages de ton agenda. Tu as de quoi t’occuper pour un moment, et tu as l’impression de ne jamais en finir. Après tout, c’est vrai : à chaque jour qui passe, on te rajoute des exercices, des leçons, etc. Je reconnais que c’est assez désagréable de ne jamais voir le bout des choses. C’est assez décourageant… C’est plus simple cependant quand on sait pourquoi on fait les choses.

Parfois, tu trouveras une utilité à tes apprentissages. Parfois, je pourrai te dire en quoi ces connaissances sont utiles au quotidien. Parfois, on aura du mal tous les deux à identifier la nécessité de ce qu’on te demande d’apprendre. C’est normal : tu n’es pas une machine, tu n’es pas une bête de somme. Tu ne fais pas que des choses utiles à l’école, parce que tes professeurs veulent plus pour toi. Ils veulent que tu découvres le monde. Quand tu seras à l’âge d’apprendre un métier, les cours seront bien plus pratiques et spécialisés. Mais ce n’est pas encore temps. Pour devenir celui que tu voudras devenir, tu dois d’abord explorer le monde du savoir. Sans doute oublieras-tu la majeure partie de tes découvertes actuelles, mais quelque part, dans ton cerveau, il en restera quelque chose.

Rappelle-toi, jeune Padawan, que la Force est invisible, mais elle est partout. Et pour le Sens, c’est bien pareil.

De l’aide tu demandes

Pourquoi rester seul à t’arracher les cheveux sur ton devoir de physique ? Qui a dit qu’apprendre était facile ? Qui a dit qu’on doit forcément faire les choses seul ?

Tu me réponds que tu « dois devenir autonome ». C’est vrai. Mais l’autonomie n’est pas la solitude. Être autonome, cela veut dire savoir demander de l’aide justement ! Pas tout de suite, pas n’importe quand. Au contraire, être autonome, c’est savoir quand et à qui demander de l’aide. Il n’y a aucune honte à demander de l’aide. Ceux qui n’apprennent pas à le faire, souvent, souffrent quand ils sont adultes. Parce qu’on ne s’en sort pas toujours seul. Parce qu’on va plus loin quand on est ensemble.

Je ne vais pas faire ton travail à ta place. Tout le mérite te reviendra, promis. Je vais peut-être même chercher de l’aide pour toi, un cours en ligne, un professeur particulier, que sais-je… Même moi, je demande de l’aide quand j’en ai besoin. Et il n’y a aucun problème à cela.

Souviens-toi, futur Jedi, que depuis mon vaisseau, je peux t’aider à piloter le tien, en assurant tes arrières en cas d »attaque.

De l’organisation tu fais preuve

En t’organisant bien, tu pourras travailler moins. Ça vaut le coup, n’est-ce pas ? Tu sais, on perd beaucoup de temps en n’anticipant pas. Je pourrais te donner bien des exemples au quotidien de cette vérité. Regarde-moi : je fais toutes les courses de la semaine en une heure, le vendredi. Si je ne le faisais pas, je passerais 30 minutes par jour au supermarché pour acheter le repas du soir. Imagine le temps perdu ! (et l’argent !)

C’est le même principe avec tes devoirs. Ne passe pas trop de temps sur ton écran à regarder le bureau numérique et paniquer sur la tonne de devoirs. Prends cinq minutes pour copier sur un papier ta to-do list ce que tu dois faire ce soir, puis éteins ton écran. Ensuite, fixe-toi des objectifs de délai. Combien de choses as-tu à faire ? À combien de temps estimes-tu chaque exercice ? À quelle heure penses-tu pouvoir finir ? Maintenant, choisis l’ordre d’action. Tu préfères commencer par le plus pénible ou le plus facile ? C’est à toi de choisir le déroulement de la bataille.

Apprends, futur Jedi, à mettre ton intelligence au service de ta paresse !

Croire en toi t’aidera

Que la Force t’accompagne jeune Padawan. La Force est grande en toi, apprends à la sentir et à la contrôler. Garde ton calme, tempère tes émotions. La liste des choses à faire est longue, la tâche te semble énorme, je le comprends. Mais si tu découvres que tu es capable, alors ton énergie tu déploieras.

Ne laisse pas parler les petites voix négatives dans ton esprit, elles te déconcentrent. Les héros aussi ont peur. Ce qui compte, c’est d’apprendre à taire les doutes sur toi-même, et à faire. La sérénité repose dans les choses accomplies, mon petit chevalier.

Luke se désespère quand il voit son vaisseau noyé dans le marécage parce qu’il est persuadé que c’est impossible de l’en sortir. Maître Yoda lui prouve le contraire. Tout est toujours question de perspective, lui explique-t-il un peu plus tard. Luke échoue parce qu’il ignore ses pouvoirs, et, surtout, parce qu’il ne sait pas les utiliser. Mais il finit par y parvenir. Tu y arriveras toi aussi, car c’est possible. Tu as besoin d’entraînement, c’est tout !

Apprécier la difficulté tu te verras

C’est à la difficulté de l’épreuve qu’on mesure la valeur du héros. Si la tâche était trop simple, tu serais tout simplement vexé ! Imagine que tes professeurs ne te demandent rien que tu ne saches déjà faire. Quel ennui ! Franchement, cela ne présenterait absolument aucun intérêt pour toi !

Par ailleurs, la satisfaction du travail accompli, de l’épreuve surmontée, de la difficulté résolue… c’est elle que tu dois viser. C’est ce sentiment d’avoir tout fait pour passer les épreuves qui va gonfler ton estime de toi. C’est bien grâce à ce sentiment de fierté que tu vas grandir droit.

Eurêka s’écria Archimède : j’ai trouvé ! Quel plaisir de résoudre un problème. Il se passe quelque chose de bref mais intense en nous, qui agit comme un médicament. (Je crois même que les chercheurs sont accros à cette drogue, cette fraction de seconde où le monde devient clair, où tout semble évident.) Apprécie cette joie à chaque fois que tu termines quelque chose. Pense à elle quand tu as du mal à te mettre au travail, car elle est ta récompense. Elle est une pierre dans la construction de ta personne. Il faut la valoriser. Les personnes qui manquent de confiance en elles ont des briques invisibles, ils ne savent pas les regarder. Choisis la couleur de ton Eurêka et fonde le mur sur lequel tu pourras t’appuyer quand tu auras un plus grand combat à mener.

Mon fils sèche ses larmes, boit un verre d’eau, sa respiration ralentit. Bientôt, il se remet au travail. Maman Yoda a gagné. Ce n’est pas évident d’aider son enfant, de garder le recul et la bienveillance dont il a besoin. Maître Yoda d’ailleurs désespère parfois, et il a besoin que Obi Wan insiste pour qu’il continue d’assurer la formation du jeune et impétueux Luke. Je crois que les parents peuvent être d’excellents maîtres, et les meilleurs sans doute, à condition de se comporter comme ce petit bonhomme vert et voûté, et de laisser parler la sagesse plutôt que l’appréhension. Alors, quels sont vos mots de parent Yoda à vous au moment des devoirs ?

Les mauvaises résolutions du bon élève

En janvier, à la rentrée, après le premier semestre, trimestre, ou le mauvais bulletin, ça y est, c’est décidé, « oui promis Papa Maman je vais m’y mettre sérieusement ». Les bonnes résolutions intenables sont lancées, et elles risquent surtout de décourager. Je vous explique pourquoi.

Mauvaise résolution 1 : Je vais viser 15/20 de moyenne !

L’idée semble séduisante, et pourtant… Si le point de départ est 8/20, le 15/20 est bien loin ! Il n’est pas efficace sur le long terme de se fixer des objectifs trop élevés : la technique des petits pas est bien plus efficace. On garde bien sûr en ligne de mire le 15 (voire plus d’ailleurs!), mais on concentre son attention sur une première étape plus proche, plus facile à atteindre : le prochain devoir, le prochain mois, et on répète à chaque fois.

Imaginez que vous soyez face à un énorme gâteau à manger : vous en avez envie, vous avez l’appétit. Mais si vous avalez le gâteau en entier, vous allez vous étouffer ! C’est la même chose avec l’effort scolaire -ou non scolaire- : on fractionne les objectifs pour rendre le tout plus digeste. Et à la fin, une part de gâteau à la fois, on a tout mangé et on s’est régalé !

Mauvaise résolution 2 : Je vais travailler tous les jours pendant 3 heures !

Encore une belle idée sur le papier, mais c’est oublier … l’endurance, et l’entraînement nécessaires ! C’est un peu comme un régime, la cigarette, ou toute autre addiction : « demain, j’arrête », oui, oui… mais après-demain je reprends !

Le travail personnel est une question de routine : les habitudes mettent au moins 21 jours à s’ancrer, et les bonnes habitudes viennent remplacer de mauvais habitudes, elles ne s’ajoutent pas.

Quelques astuces pour tenir dans la durée :

  • se fixer des challenges progressifs : 1 semaine de révisions tous les soirs, puis 2 semaines, puis 3 semaines … et à chaque challenge relevé, se récompenser ! Ce peut être décidé en famille : une soirée cinéma avec pop corn, un copain à inviter, un cadeau, pourquoi pas ?
  • se faire un planning de révisions : ajouter à l’emploi du temps scolaire, l’emploi du temps « périscolaire ». Il est important, pour relever le défi, de se fixer les objectifs soi-même, et de choisir un maximum la façon d’atteindre ces objectifs.
  • s’auto-motiver : la motivation se nourrit de compliments, d’encouragements et de félicitations ! Alors autant être son propre coach, et se répéter des mantras positifs dans lesquels on se cajole et on se booste. Par exemple : « je m’aime, je peux y arriver et je mérite de réussir! »
  • mieux se connaître : identifier le moments où je ne travaille pas, où je fais autre chose et observer : qu’est-ce qui m’empêche de travailler ? qu’est-ce qui me distrait ? A partir de ce constat honnête, prendre alors des décisions éclairées : mettre le téléphone sur mode avion, éteindre la télé, fermer la porte de la cuisine pour ne pas entendre le reste de la maison, éloigner tout ce qui capte mon attention et m’empêche de me concentrer.

Je pourrais ajouter des conseils de base : bien dormir, bien manger, faire de l’exercice et s’amuser… mais ceux-là sont valables toute l’année !

Mauvaise résolution 3 : J’arrête de m’amuser et je travaille !

Ouh la … comme elle est belle cette résolution intenable ! Dans le même ordre d’idées, nous avons : j’arrête de bavarder en classe, j’arrête de passer du temps sur les réseaux sociaux, j’arrête de me mêler des histoires de mes copains/copines de classe, etc.

Pourquoi ça ne marche pas ? Parce que ce sont des injonctions négatives. A chaque fois, il s’agit de « ne plus faire », et puis c’est tout ! Or, pour progresser, nous avons besoin d’objectifs positifs, et de remplacer ce qui ne fonctionne pas par quelque chose qui fonctionne.

Alors au lieu de se punir, de s’interdire des comportements ou des actions, il vaut mieux s’autoriser à mieux faire ! Je m’amuse QUAND j’ai fini mes devoirs, je sors QUAND j’ai révisé mes leçons, je regarde mon compte Instagram QUAND j’ai préparé mon évaluation.

Et pour ce qui est des bavardages, une solution simple consiste à mettre une croix dans le calendrier les jours où on n’a pas bavardé : très vite, on va vouloir voir des croix partout. Et pourquoi pas déterminer une récompense au bout de 5, 10, ou 20 croix ?

Pour finir, je vous partage une petite fiche qui récapitule le cercle vertueux de la réussite ! Bon courage à tous et restez motivés !

Le cercle vertueux de la motivation

Comment aider son ado à trouver sa voie ?

On demande aux adolescents de choisir leur orientation en fonction de leurs résultats scolaires : mais les résultats scolaires ne disent pas leur personnalité !

La question de l’orientation est primordiale dans la scolarité, et influe énormément sur la motivation. Malheureusement, quand on parle d’orientation, on parle bien souvent de résultats scolaires et d’études sans jamais parler de valeurs. Pourtant, et nous adultes le savons bien, ce qui compte dans un métier, c’est de se sentir bien avec les valeurs qui y sont liées.

J’ai lu un livre qui a révolutionné ma perspective – et qui m’a d’ailleurs beaucoup aidée dans mon projet de reconversion professionnelle. Ce livre, je l’ai trouvé par hasard dans la boutique du musée du design de Londres, et je le recommande toujours aux adultes qui traversent une « crise professionnelle » : A job to love du collectif The school of life.

J’ai extrait de cette lecture une série de questions qui se destinent très bien aux adolescents qui ne savent pas trop comment aborder leur orientation. On leur parle études, notes, écoles, filière … mais ils ne parviennent pas du tout à se projeter dans des décisions concrètes.

Ce qu’on aime vraiment dans un métier, ce n’est pas le métier en soi, mais une série de qualités qu’on y a identifées. (…) En réalité, ces qualités ne sont pas propres à CE métier. Elles sont forcément générales et on peut les retrouver sous une autre forme, moins évidentes, dans un autre métier, une fois qu’on sait les retrouver.

Extrait de A Job to love, du collectif The School of Life.

Ce questionnaire que je vous partage a pour but d’aider votre enfant à se poser d’autres questions, et vous invite à discuter avec lui du PLAISIR D’UN METIER.
Le but est de ne pas partir des métiers possibles pour réfléchir à son orientation, mais de ses valeurs, goûts et plaisirs pour ouvrir un panorama de types de métiers (et types de vies !).

J’espère que cet outil vous aidera à aborder autrement la question du « qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? » . Il est à télécharger ci-dessous, en version complète (deux pages – mode d’emploi en bas de la deuxième page).